Bioprospection, savoirs traditionnels et développement durable au Mexique

Jean Foyer avec Frédéric Thomas

Au début des années 1990, la bioprospection a été présentée comme un instrument permettant de soutenir la recherche scientifique et les innovations biotechnologiques, le respect de l’environnement et le développement des populations locales : un véritable modèle d’activité de développement durable.

Dans cette rubrique, à partir de l’examen de la mise en œuvre de deux contrats de bioprospection au Mexique, Jean Foyer démontre au contraire qu’il est très difficile d’intégrer les préoccupations locales de développement durable aux mécanismes de contrats de bioprospection. Pour lui, cette difficulté provient largement du cadre conceptuel et théorique qui a dominé la mise en place des dispositifs de gestion de la biodiversité par des mécanismes de marché.

Quels sont les exemples de programme de bioprospection au Mexique ?

Depuis 1992, et surtout depuis la mise en place dans la deuxième moitié des années 1990 des mécanismes d’accès et de partage des bénéfices (ABS) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), plusieurs projets de bioprospection ont été mis en place au Mexique. Les activités de bioprosection peuvent prendre des formes très différentes selon les acteurs qui y prennent part, le contexte et l’objet de la collecte. Les conditions de négociation et les termes des contrats, en particulier les principes (...)

Qui sont les acteurs des contrats de bioprospection au Mexique ?

Les acteurs sont généralement très variés, mais pour simplifier on peut dire qu’il y a deux modèles dominants a) Le modèle deux parties, un intermédiaire Dans le cas du contrat Sandoz-Novartis-Uzachi, la partie “locale” est l’UZACHI (Union des Communautés Zapoteco-Chinanteca) comprenant les quatre communautés indigènes de la Trinidad, Santiago Xiacui, Capulalpam de Méndez et Santiago Comaltepec. Ces communautés ne sont pas des populations reculées vivant en autarcie, loin s’en faut. Elles se (...)

Comment les droits des populations sont-ils pris en compte dans les négociations ?

Les deux contrats de bioprospection mis en place au Mexique sont très différents de ce point de vue. Le contrat Sandoz-Uzachi a réussi à associer fortement les communautés locales aux processus de négociation et à négocier le partage d’avantages directs pour les populations, ce que le projet de l’ICBG Zones arides n’a incontestablement pas réussi à mettre en place. La voie “pragmatico-participative” Le processus de négociation pour arriver à la formalisation du contrat Sandoz-Uzachi a duré environ trois (...)

Les contrats de bioprospection participent-ils au développement durable des économies locales ?

Ici encore, il n’y a pas de réponse unique, les études de cas donnent des réponses contrastées. Bioprospection et développement durable des économies locales Pour l’UZACHI, le but principal du contrat avec Sandoz était d’augmenter son capital social de gestion des ressources naturelles et c’est pour cette raison que la stratégie adoptée a été, comme on vient de le voir, de préférer une série de petits mécanismes de participation plutôt que le paiement d’improbables royalties. La dynamique endogène du (...)

Quels mécanismes institutionnels permettent de transformer la biodiversité en un objet de contrat ?

Le mode de régulation contractuelle promu par la CDB en 1992 a incontestablement joué un rôle clé dans cette grande transformation ; le théorème de Coase, tout particulièrement, qui suppose que la plus grande efficacité en termes d’économie est obtenue dans la relation directe entre les parties d’un contrat privé, a constitué un référentiel important pour tous ceux qui ont pensé que le marché pouvait constituer un outil de conservation de la biodiversité (Valérie Boisvert et Armelle Caron, 2008). Ce cadre (...)

Comment la transformation de la biodiversité en biens marchands est-elle devenu philosophiquement admissible ?

En amont de cette comoditisation de la biodiversité, on trouve une reformulation de ce qu’est la nature puisqu’on « la considère comme un magasin de ressources génétiques valorisables et comme une ressource que l’on peut gérer comme une entreprise explicitement économique » (C. Hayden, 2003, 49-84). Cette perception d’une nature comme ressource n’est bien sûr pas nouvelle, mais Cori Hayden pointe remarquablement bien que le remplacement du terme vague et plus philosophique de « Nature » par celui de (...)