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Objectifs généraux du programme BioTEK
Au début des années 90, le développement des biotechnologies et la prise de conscience environnementale ont convergé pour faire émerger la nécessité de valoriser la diversité biologique et les ressources génétiques. La création d’un cadre mondial de droits de propriété intellectuelle sur le vivant (Accord ADPIC) et de gestion de la diversité biologique (CDB) a depuis influencé les formes de socialisation du vivant dans les pays des Suds, notamment en privilégiant un mode de valorisation économique à travers la création d’un marché du gène et de la biodiversité. Ce marché des ressources vivantes, tant sauvages que cultivées, semble aujourd’hui en perte de vitesse, en même temps que la dynamique de revalorisation des savoirs et pratiques traditionnels semble prendre de plus en plus la forme de projet de gestion participative.
L’objectif essentielle de ce projet est de confronter les différents jeux d’acteurs et d’institutions autour des régimes de mise en valeur des ressources génétiques, dans leur mise en tension avec les pratiques locales autour des savoirs traditionnels.
Les analyses des équipes de l’IRD Savoirs et Développement, de l’IRD Dynamiques Environnementales, du Centre Alexandre Koyré et de l’INRA Transformation Sociales et Politiques Liées au Vivant se baseront sur les quatre terrains vietnamien, brésilien, guyanais et mexicain, sélectionnés pour la diversité biologique et culturelle qu’ils représentent. Ces études permettront de mettre en avant la pluralité des réponses des Suds à la gouvernance internationale de la biodiversité, sans perdre de vue l’actualité des négociations autour de cette gouvernance (CDB, OMC, OMPI-UPOV, FAO), où se mêlent et se confrontent savoirs scientifiques et savoirs traditionnels. Cette vision mondiale depuis "les Suds" sera complétée par un point de vue plus localisé puisque l’on s’intéressera à la transcription de ces accords internationaux dans le droit national pour comprendre son influence concrète sur les dynamiques locales de conservation et de valorisation in situ de la biodiversité, en particulier les initiatives de gestion participative.
Cette mise en perspective d’une approche théorique et institutionnelle plus commune dans les productions de SHS avec une analyse des pratiques réelles n’est pas la seule particularité méthodologique du projet. Le projet veut effectuer des choix méthodologiques originaux exigés par la dimension hybride de ces objets d’analyse : une approche comparative entre pays des Suds, le croisement des regards des différentes disciplines des SHS (droit, économie, histoire, sociologie et anthropologie) sur les mêmes objets, et, plus encore, le couplage entre les SHS et les Sciences de la Vie. Ces choix seront concrètement mis en œuvre à travers un partenariat avec des équipes locales qui permettront d’ouvrir encore un peu plus le champ disciplinaire (géographie, biologie, biotechnologie, agronomie, écologie) tout en facilitant les différentes enquêtes de terrain. L’engagement de post-doctorants fortement impliqués sur les terrains locaux permettra en outre d’assurer un relais et une certaine coordination entre les différents acteurs du projet. Cette coordination et cette mise en cohérence du sera aussi favorisée par l’organisation de visio-conférences, de réunions de coordination et de séminaires transversaux.
Les résultats scientifiques attendus prendront la forme de communications, de publications d’articles et d’au moins un ouvrage qui contribueront à la construction encore largement en cours d’un champ de réflexion nouveau, celui de l’étude des formes de socialisation du vivant et de la nature. Cette réflexion représentera un instrument d’expertise utile aux pays des différents Suds. Plus largement, elle contribuera, elle s’inscrit aussi dans la perspective d’un dialogue plus respectueux et un échange plus équitable entre les Nords et les Suds.
