Qui sont les acteurs des contrats de bioprospection au Mexique ?

Les acteurs sont généralement très variés, mais pour simplifier on peut dire qu’il y a deux modèles dominants

a) Le modèle deux parties, un intermédiaire

Dans le cas du contrat Sandoz-Novartis-Uzachi, la partie “locale” est l’UZACHI (Union des Communautés Zapoteco-Chinanteca) comprenant les quatre communautés indigènes de la Trinidad, Santiago Xiacui, Capulalpam de Méndez et Santiago Comaltepec. Ces communautés ne sont pas des populations reculées vivant en autarcie, loin s’en faut. Elles se caractérisent au contraire par un important degré d’intégration au marché. En effet, leur organisation communautaire et leur participation, depuis plus de vingt ans à un projet de gestion durable des ressources forestières est souvent présenté comme modèle au niveau national (Larson-Guerra et al. 2004, Baruffol, 2003 ; Foyer et Dumoulin, 2009). Dans le cadre de ce projet de foresterie communautaire, une expérience de production de champignons comestibles pour une entreprise japonaise a été mise en place pour mettre en valeur certaines ressources forestières non ligneuses (Yolanda Lara et Lilia Perez communication personnelle, avril 2004). C’est dans le cadre de ce projet que les premiers contacts avec l’entreprise Sandoz ont été pris.

Sandoz constitue la deuxième partie du contrat de bioprospection. En fusionnant avec CIBA entre 1995 et 1996, l’entreprise Sandoz a donné naissance au groupe Novartis, qui, en 2002, était le huitième groupe pharmaceutique mondial avec des ventes dans ce secteur atteignant le 13.5 millions de dollars (ETC Group, 2003) et des ventes totales atteignant les 28,2 millions de dollars en 2004 (65% dans le secteur pharma et 35% dans le secteur santé alimentation-santé) (Novartis, 2004). Selon Francisco Chapela (Larson y otros, Ibid.), l’intérêt de Sandoz pour participer à un tel projet était plus stratégique que pharmaceutico-commercial, au sens où ce projet expérimental répondait à des intérêts politiques et scientifiques. L’objectif était notamment de tester le potentiel réel et la faisabilité des nouveaux cadres autour des activités de bioprospection. D’un point de vue scientifique, Sandoz espère vérifier une hypothèse sur le rapport entre la diversité des champignons et la présence de nouveaux métabolites en zone tropicale (Larson y otros, Ibid.).

Comme on l’a dit, UZACHI et Sandoz ont été mis en contact dans le cadre d’un projet de production de champignon comestible, ceci par l’intermédiaire d’une ONG locale, Estudio Rural y Asesoria (ERA) [1] , ayant appuyé techniquement l’UZACHI depuis le début des années 80 dans la mise en œuvre du projet de foresterie communautaire. L’ERA n’a pas fait partie à proprement parler du contrat de bioprospection, mais joue un rôle central de conseil, d’intermédiaire, de traducteur entre UZACHI et Sandoz. Francisco Chapela, agronome et directeur de ERA, et son frère Ignacio, micro-biologiste, chercheur à UC Berckeley et ancien employé de Novartis, sont, en particulier, les maîtres d’œuvre de la construction du projet. Francisco et Ignacio Chapela représentent donc un tiers important entre les deux parties, particulièrement pour essayer de rééquilibrer la dissymétrie entre les communautés indigènes de Oaxaca et le géant mondial de l’agrochimie et de la pharmacie (dissymétrie financière, juridique, institutionnelle, etc.).

b) Le modèle consortium public-privé

Dans le cas du projet ICBG Zones Arides, on est en présence d’un projet qui ne se réduit pas à un accord entre deux parties – une entreprise privée, et des communautés regroupées en Union – grâce aux bons offices d’une Association locale. ICBG (International Cooperative Biodiversity Group) est d’abord une initiative internationale de bioprospection de niveau mondial. Elle a été principalement promue par des grandes institutions américaines comme le National Institutes of Health, la National Science Fondation, l’USDA. Tous les cinq ans à partir de 1993, l’ICBG lance un appel d’offre pour la mise en place de projets de bioprospection dans des pays de grande biodiversité. Ce consortium joue un rôle de bailleur de fond pour des institutions américaines voulant organiser un projet de coopération en collaboration avec d’autres institutions étrangères. Généralement, les sommes attribuées sont de l’ordre de cinq millions de dollars sur cinq ans. Le projet ICBG Zones Arides est donc une composante de cette machinerie institutionnelle. Il est le résultat d’un montage impliquant de très nombreux acteurs aussi bien du secteur privé que du secteur public ou académique. Il s’est déroulé dans trois pays d’Amérique Latine (Argentine, Chili et Mexique) entre 1993 et 2003, (pour la partie mexicaines à partir de 1995). Ce projet était peu étudié jusqu’aux travaux de doctorat et au livre de Cori Hayden, une anthropologue de l’UC Berckeley (Hayden, 2003). En ce qui concerne la partie mexicaine du projet, les collectes ont eu lieu sur une portion importante du territoire du pays, spécialement dans les principaux marchés où sont vendues des plantes médicinales, et, dans un second temps, dans certaines régions particulières comme la Sierra Tarahumara (Etat de Chihuahua, municipe de Batopilas) ou encore la Sierra de Alvarez (Etat de San Luis Potosí, municipe de Zaragoza). L’Université de Tucson, Arizona était chargée de coordonner ce projet. Cette université a passé des contrats bilatéraux avec les laboratoires de l’entreprise américaine Wyeth Research et avec des universités au Chili, en Argentine et au Mexique. Au Mexique, le contrat a été signé avec le Jardin Botanique et la faculté de Chimie de l’UNAM (Université National Autonome du Mexique), sous la responsabilité respective de l’ethno-botaniste Robert Bye et de la chimiste Rachel Mata. Le travail de collecte scientifique a été réalisé par le personnel du Jardin Botanique et s’est concentré sur les plantes médicinales tandis que le laboratoire de chimie devait réalisé l’isolement des composés chimiques et faire des bio-essais basiques avant d’envoyer les composés à Tucson et à Wyeth.

Jean Foyer

[1] Pour plus d’information sur ERA voir http://www.era-mx.org/

Mis à jour le mardi 23 février 2010